Prendre conscience de l’effet spectateur : comprendre l’impact de l’observation dans une situation violente
Lorsqu’une personne assiste à une scène violente, elle n’est pas simplement un spectateur passif. Son rôle peut avoir un impact émotionnel considérable, parfois aussi important que celui de la victime. Les formations dans les secteurs du social et du médico-social mettent en évidence ce phénomène souvent sous-estimé : l’effet spectateur. Ce phénomène mérite d’être compris pour mieux gérer les crises et leurs conséquences.
1. L’effet spectateur : un impact sous-estimé
Une scène violente peut prendre différentes formes : un conflit entre deux personnes, une crise de colère, un accident, ou même une situation de souffrance grave. Dans ces moments de tension, les observateurs, qu’ils soient enfants ou adultes, sont eux aussi affectés. Bien souvent, on suppose que seul le « participant direct » vit l’événement de façon traumatisante. Pourtant, il n’en est rien. Le spectateur, même à distance, peut subir des conséquences émotionnelles similaires à celles de la victime.
Le simple fait d’observer peut créer de l’anxiété, du stress et de la confusion. Les émotions se propagent rapidement parmi les témoins. Le regard extérieur, loin de calmer la situation, peut en réalité l’intensifier. Ainsi, chaque spectateur ressent parfois un stress équivalent, voire plus important, que celui de l’individu directement impliqué.
2. Agir face à l’effet spectateur : éloigner ou déléguer ?
Une première réponse face à cette situation consiste à éloigner les spectateurs dont la présence n’est pas nécessaire. Cela semble évident, mais dans la pratique, il est souvent difficile de faire cette séparation. En effet, éloigner un témoin en pleine crise peut ajouter de la confusion et générer de nouvelles tensions.
Une autre option, plus constructive, consiste à déléguer des tâches simples aux spectateurs. Cette approche est recommandée par les référentiels de premiers secours. En transformant un spectateur passif en acteur, on l’aide à sortir de son rôle de témoin. Il se concentre sur une tâche concrète, ce qui réduit son stress et l’aide à retrouver un certain contrôle.
Ainsi, au lieu de se sentir démuni et impuissant, le spectateur devient acteur de la situation. En lui confiant une mission simple, l’attention se détourne de la crise et de ses impacts émotionnels. Il peut ainsi participer à l’intervention de manière positive.
3. L’attitude des intervenants : un facteur clé de régulation
L’attitude des intervenants joue un rôle déterminant. Une posture calme, ferme mais bienveillante est primordiale pour apaiser les spectateurs. En effet, si le stress se transmet d’un individu à l’autre, le courage et la tranquillité peuvent aussi se diffuser. Un intervenant qui reste serein inspire confiance. Il transmet un sentiment de maîtrise et rassure les témoins.
Les intervenants doivent donc adopter une attitude stable et déterminée. Cette posture peut être contagieuse. En observant l’attitude des professionnels, les spectateurs prennent exemple et se sentent plus à l’aise. Ils sont plus enclins à participer activement à la gestion de la crise.
4. Après la crise : expliquer et rassurer
Une fois la crise passée, il est essentiel de prendre un temps pour ventiler les émotions. Ce processus permet aux personnes concernées de verbaliser leurs sentiments. Ce moment de partage aide à comprendre ce qui a été vécu. C’est le « comment on a vécu l’événement ». Un tel échange peut apaiser et offrir des repères. Parler de ses craintes, de ses peurs, et entendre des réponses rassurantes est souvent un premier pas essentiel vers la guérison émotionnelle.
Le debriefing fait partie de ce processus. Si cette démarche est courante dans les équipes professionnelles, elle reste trop souvent négligée vis-à-vis des usagers et des bénéficiaires. Pourtant, ces derniers, tout comme les intervenants, peuvent être profondément affectés par ce qu’ils ont observé. Leur expliquer ce qui a été fait, ce qui reste à faire, et comment l’événement a été pris en charge, permet de réduire les incertitudes et de les rassurer.
5. À long terme : des outils pour gérer le stress
À long terme, il est essentiel d’aider les témoins à gérer le stress induit par la situation violente. Des outils existent pour cela comme le matériel proposé par le Docteur David O’Hare. La cohérence cardiaque, par exemple, permet de réguler le stress et les émotions. Cette technique, validée scientifiquement, aide les individus à revenir à un état de calme et de maîtrise.
Des actions comme ceux menés par l’association CIVIS ont montré des résultats encourageants. Par exemple, dans des écoles primaires et auprès d’adolescents suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse, la gestion du stress est abordée de manière pratique. Les jeunes apprennent à utiliser des techniques de relaxation, de respiration, pour mieux gérer leurs émotions. Ces méthodes offrent aux jeunes une vraie opportunité d’agir sur leur bien-être.
6. Conclusion : Agir face à l’effet spectateur
L’effet spectateur est un phénomène complexe mais essentiel à comprendre. Les témoignages de personnes qui ont assisté à des scènes violentes doivent être pris en compte. Leur impact émotionnel ne doit pas être sous-estimé. Les professionnels doivent réagir en conséquence, en éloignant les témoins non nécessaires et en les impliquant activement dans la gestion de la situation.
En parallèle, des actions de débriefing et des outils de gestion du stress sont nécessaires pour accompagner à la fois les victimes et les témoins. Ce travail ne doit pas se limiter à l’intervention immédiate, mais doit s’inscrire dans une démarche à long terme. La gestion du stress, par exemple, est un outil précieux qui permet à chacun de retrouver son équilibre.
Finalement, l’objectif est de transformer un spectateur passif en acteur aidant. Ainsi, l’effet spectateur, loin de contribuer à l’aggravation de la situation, devient un levier pour l’intervention et le bien-être de tous.